Critiques
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Vingt-quatre juin. La mort d’un fils, par Jean-Jacques Beljean, chez Ouverture.
Dans ce petit livre, Jean-Jacques Beljean nous raconte les cinq dernières années de la vie de son fils atteint de leucémie, et les onze années de deuil qui s’en suivirent. Or ce récit n’avait pas à l’origine pour but d’être un témoignage, pas plus qu’il ne devait être publié. Le succès qu’il rencontre aujourd’hui ne doit pas nous faire oublier qu’il était au départ un geste exutoire, sorte de cri sourd du coeur. Ecrit et retouché tout au long de son deuil, le texte circule d’abord entre les mains des proches de Jean-Jacques. Jusqu’au jour où l’auteur l’envoie à Jean-Samuel Grand, un ami qui se trouve être directeur des Editions Ouverture, et que celui-ci, touché par un récit qui le renvoie à son propre vécu, lui propose d’éditer son manuscrit.
Avant la mort de son fils, Jean-Jacques Beljean a tenu de nombreux postes à responsabilité dans l’Eglise réformée neuchâteloise, dont pasteur de différentes paroisses en Suisse, ainsi que président du Conseil synodal de l’EREN. Pourtant, après une année à garder la tête hors de l’eau, il sombre dans la dépression et s’éloigne de ses engagements pastoraux. Ce drame inadmissible l’amène à douter de ses convictions les plus fermes. Sa foi s’estompe. Ses espoirs s’évanouissent. « La haine est présente, forte, contre Dieu. » Comment concevoir encore la volonté divine lorsque son propre fils meurt sans raison ? La mort, Jean-Jacques la côtoiera de près. Perdu dans son désespoir, il en viendra même à souhaiter sa propre fin. « Mais pas me suicider, jamais. Simplement mourir, m’endormir. »
Avec Vingt-quatre juin. La mort d’un fils, Jean-Jacques Beljean nous offre une oeuvre au style acéré, concis et précis, tantôt factuel, tantôt réflexif. Quant au rythme, généralement haché, il s’emballe lorsqu’il est question de cette course contre la mort, et devient plus serein, plus calme et posé dans les moments de deuil. Le talent de l’auteur est de transmettre si parfaitement au lecteur les douleurs et les espoirs des protagonistes, l’amour d’un père pour son fils et la haine qu’il ressent envers cette maladie. Or, cette souffrance partagée, comme inoculée par intraveineuse, circule tant et si bien dans le corps du lecteur que celui-ci se voit happé par le récit, pris au piège, de telle sorte qu’il en devient presque impossible de reposer le livre.
Alors, quand on referme ces quelques 78 pages et que l’on tombe sur le visage plein d’innocence de Damien, on se dit que ce témoignage ne parle pas de mort et de douleur, mais bien d’amour et de douceur.
Iannis McCluskey
